Grotte du Poteux

Le Poteux, une belle caverne naturelle, l'une des plus fascinantes de Suisse, quoique explorée sur plus d'une douzaine de km n'a pas révélé encore tous ses secrets. Le mot Poteux vient du latin "puteus" (puits), car la grotte très spacieuse à son ouverture s'étrangle ensuite et descend par paliers presque verticaux.

 

Poteux

 

Quoique controversée, l'idée que la grotte ait pu servir d'abri et d'habitation à l'âge de la pierre (Paléolithique) est vraisemblable et ferait de ce lieu l'un des plus anciens sites habités connu en Valais. En 1924, le chanoine et professeur Jules Gross, dès les premiers coups de pioche, découvre un mur primitif qui ferme en partie l'entrée de la caverne ainsi que divers objets et des ossements qui n'ont jamais été analysés. Il relève aussi les traces de 5 ou 6 foyers qui témoignent d'une occupation humaine, mais la datation n'a pas été effectuée.

Du point de vue spéléologique, la grotte du Poteux, est la partie morte du cours souterrain de la Sarvaz dont les résurgences jaillissent au bas de la falaise, formant en période de grandes eaux, à la fonte des neiges, un spectacle surprenant.

 

Préhistoire

 

L'histoire documentée de Saillon commence au Néolithique, comme l’attestent les trois tombes de type Chamblandes (5e – 4e millénaire av. J.-C.) découvertes en 2003 Sous les Bercles, lors de la construction de la route (Vallesia LIX, 2004 : 392-393). Une vingtaine de tombes de l’Âge du bronze ont aussi livré un abondant mobilier (MARC-R. SAUTER. Préhistoire du Valais. Des origines aux temps mérovingiens.).

 

La grotte du Poteu a aussi été occupée épisodiquement au cours du Néolithique moyen, de l’âge du Bronze/Premier âge du Fer et de l'Epoque romaine. Les fouilles archéologiques du Chanoine Jules Gross en 1923 / 24 avaient livrés des ossements de faune domestique et sauvage et des tessons de céramique. Les recherches menées en 2018 ont apporté un mobilier analogue, avec en plus une pointe de flèche en cristal de roche du Néolithique moyen.

Le Poteu(l'impasse)

Le Poteu (l’impasse), au centre l’ouverture de la grotte (Photo : Jean-Claude Praz).

Recherches archéologiques 2018

 

Recherches archéologiques en 2018 (Photo : Jean-Claude Praz).

Pointe de flèche en cristal de roche

Pointe de flèche en cristal de roche, du Néolithique moyen, dimensions 21 x 16.5 x 4 mm (Photo : Jean-Claude Praz).

Os de mouton avec traces  de découpe

Os de mouton, avec traces de découpe, environ 2 cm (Photo : Urs Leuzinger).

 

On peut se demander pourquoi cette grotte, qui offre de si bonnes conditions pour un habitat, n’a pas été utilisée plus fréquemment : terrain plat, hauteur de paroi agréable, belle vue sur la plaine, orientation vers le sud-ouest, source à proximité. Pour le Mésolithique (jusqu’à 5500 av. J.-C.), période pendant laquelle l’occupation de tels sites est très fréquente, on peut penser qu’il y avait des abris sous blocs ou en pied de paroi plus accessibles dans les environs, qui sont actuellement en-dessous du niveau de la plaine. Par la suite, pour les agriculteurs – éleveurs, la grotte est trop proche du village pour servir de bergerie et elle ne pouvait ici remplir la fonction de gîte-étape sur le parcours en direction des pâturages d’altitude. Des tessons de céramique découverts à la grotte du Poteu témoignent de l’occupation épisodique de l’abri à l’Age du fer et à l’Epoque romaine

 

Haut Moyen Age

Des foyers et charbons de bois indiquent une fréquentation de la grotte du Poteu aux 7e/8e siècle (Haut Moyen Age), qui peut être mise en relation avec la présence d’un mur devant l’entrée, signalé au début du 20e siècle. Il pourrait s’agir d’une fortification, signalée pour cette époque en plusieurs endroits en Valais, les plus proches à Chamoson au pied de La Routia, dans la face ouest du Haut de Cry. Ces Höhlenburgen sont considérés comme des ouvrages défensifs aménagés à l’écart des localités par les communautés locales pour protéger leurs biens en cas d’agression.

Le poteu

La grotte se prolonge dans la montagne par un réseau karstique de plus de neuf kilomètres de développement, encore en phase d’exploration par des spéléologues, en particulier aujourd’hui par le Club de Spéléologie rhodanien (Borreguero & Ballesteros 2013). Michel Desfayes propose, pour le mot Poteu « impasse dans les rochers » ; on disait aussi le Poteu pour désigner cet endroit sans nécessairement désigner la grotte. (Desfayes, M. 2019. Les lieux-dits de Saillon et proches de Saillon. Document inédit).

pour en savoir plus :

Borreguero, M. & D. Ballesteros 2013. La grotte du Poteux (VS) – antécédents géologiques et spéléogenèse. Stalactite 63 / 1 : 25–33.

Leuzinger, C., C. Beck, Ph. Curdy, I. Hajdas, R. Jagher, U. Leuzinger, J.-C. Praz, N. Reynaud Savioz, W. Schoch 2019. Grotte du Poteux in der Gemeinde Saillon (Wallis, Schweiz) ‒ archäologische Untersuchungen 2018. Jahrbuch Archäologie Schweiz 102

Praz, J,-C., N. Reynaud-Savioz, Ph. Curedy & U. Leuzinger (à paraître). Des occupations préhistoriques à la grotte du Poteu (Saillon, VS) ? Un siècle de questionnement. Bull. Murithienne 136.